La ministre de la Santé Roselyne Bachelot se dit favorable à « une augmentation importante du prix du tabac » dans l’hexagone. Les buralistes français ne croient que ce soit une « stratégie gagnant-gagnant pour tout le monde » comme l’affirme Madame Bachelot.
Roselyne Bachelot a déclaré en fin de semaine sur BFM TV qu’elle « plaide » pour une augmentation de 10% par an pendant plusieurs années et elle croit que « ça va se faire ». Elle a rappelé que ce serait au président Nicolas Sarkozy de se prononcer sur le sujet.
Coup d’œil en Algérie : Alors que la période du ramadhan tant attendue par les revendeurs de tabac s’est déroulée sans hausse des prix ni pénuries, revoilà la cigarette et le tabac à chiquer qui reprennent le devant de la scène, avec des prix qui ne cessent d’augmenter ces trois derniers jours.
La SNTA, qui produit et commercialise ces deux produits, assiste impuissante à cette inflation. A Constantine, une wilaya grande consommatrice de tabac à chiquer et de cigarettes, cette hausse des prix défraie la chronique. Les commentaires vont bon train sur ces augmentations que tout le monde considère comme «anormales». A titre d’exemple, on cite le sachet de Chemma qui est passé sans transition à 75 et 80 dinars, selon les quartiers, alors que son prix officiel est de 65 dinars. La cigarette Rym, l’une des marques les plus demandées, se vend présentement à 100 dinars le paquet, alors que son prix à la sortie d’usine est fixé à 85 dinars. «A ce prix, ironise un jeune fumeur, je préfère acheter une autre marque pour la frime et pour la qualité de la cigarette !».
Pour revenir à la disponibilité du produit, il demeure évident que c’est principalement la pénurie qui provoque la cherté. Pour la chique Makla, le directeur du complexe tabacs et allumettes (SNTA) de Benbadis nous apprend que, sur ce plan, la production est tout à fait acceptable avec une sortie journalière de 560.000 sachets. La quantité est donc largement disponible pour le produit à chiquer. Mais c’est un peu moins pour la cigarette et principalement pour les Rym que le Centre et l’Ouest accaparent ces trois derniers jours. A titre d’exemple, la production globale de l’usine a pris la route du Centre (7 camions) et celle de l’Ouest (4 camions) chargés de cartouches de cette marque, ne laissant presque rien aux points de vente constantinois. Dans ce cas précis, une hausse des coûts serait quelque peu expliquée par cette «pénurie» qui est toujours une aubaine pour les spéculateurs.
A vrai dire, nous explique-t-on, c’est le marché parallèle qui dicte les prix de tous les produits à fumer ou à chiquer. Comment expliquer qu’un paquet de Nassim, commercialisé à 45 dinars par la SNTA, soit retrouvé en grande quantité sur le marché hebdomadaire du Khroub et vendu 30 dinars le paquet ? Trabendistes et contrefaçon évidente, voilà résumés les facteurs qui régulent ce marché florissant du tabac.
Rahmani Aziz
Quel objectif visent les buralistes en s’opposant à l’augmentation des prix ?
Face aux augmentations de prix, il y a trois positions compréhensibles, celle des fabricants qui cherchent à faire un maximum de profit et veulent donc éviter les augmentations qui ont un effet sur la consommation, celle des associations qui, au nom de la santé publique, veulent que des augmentations fortes fassent diminuer la consommation, celle des fumeurs qui préfèrent payer leurs cigarettes moins chères, et puis il y a une position plus difficilement explicable, celle des buralistes qui adoptent une position schizophrénique en déclarant qu’ils soutiennent l’effort de santé public national mais, dans le même temps, s’opposent à toute mesure de nature à enrayer ce fléau de santé publique qu’est le tabac.
L’attitude des buralistes est d’autant plus difficile à comprendre que, mathématiquement parlant, leur revenu du tabac ne peut que s’accroitre avec ces augmentations. Tout le monde reconnait, en effet, qu’une augmentation de 10% des prix entraine, dans le meilleur des cas, une diminution de la consommation de 4%. Pour être précis, un Euro de recette devient 1.10 Euros après augmentation pour être ramené à 1.056 Euros par chute de la consommation, ce qui laisse une augmentation globale de revenus de 5.6%
Par ailleurs, les buralistes ont obtenu des aides substantielles dans le cadre du « contrat d’avenir » dont l’objectif est de les soutenir financièrement et de les aider à se diversifier pour compenser les pertes que la diminution de la clientèle tabac pourrait entrainer sur les ventes de produits annexes (boissons, presse, jeux, etc.)
Le soutien financier annuel qu’ils perçoivent représente 180 millions d’Euros et vise également à les protéger contre les conséquences des augmentations de prix qui, en l’absence d’harmonisation européenne des taxes, peuvent avoir une incidence sur la contrebande.
Il est donc paradoxal de constater que le combat médiatisé des buralistes semble n’avoir pour seul objectif que le maintien, au niveau le plus haut, de la consommation des produits du tabac.
Les associations qui, sous l’égide de l’OMS, luttent pour obtenir une harmonisation des taxes sur le tabac et une meilleure protection contre la contrebande et la contrefaçon n’ont jamais entendu la voix des buralistes, ni de leurs représentants dans ces instances.
Certaines associations obtiennent en justice des résultats significatifs pour empêcher les ventes sur Internet, elles n’ont jamais entendu parler de telles actions menées par les buralistes qui pourtant sont les premiers concernés par ce détournement du monopole.
Que, comme les sites Internet illégaux, la majorité des bars à chicha contreviennent au principe du monopole de distribution de tabac en privant les buralistes d’une source de revenus non négligeable ne semble pas, non plus, les émouvoir, pas plus que les ventes à la sauvette.
Alors, pourquoi, aujourd’hui, remuer ciel et terre et faire réagir leurs élus pour une mesure qui leur est financièrement favorable et qui, s’ils l’accueillaient favorablement, prouverait leur intérêt pour une mesure de santé publique qu’ils prétendent défendre ?