Home » Santé » Le cancer a touché 350.000 personnes en 2009

cancersLes cancers vont augmenter de 10% en 2009, par rapport à 2005, selon les estimations de l’Institut de Veille sanitaire (Invs). Plus alarmant encore, la moitié des 350.000 malades pourrait en mourir.

Une étude classe l’alcool parmi les facteurs augmentant le risque de cancers. Sa consommation est associée à une augmentation du risque de plusieurs types de cancers : bouche, pharynx et larynx, côlon-rectum, oesophage, sein et foie, selon une brochure réalisée à la demande de la Direction générale de la santé (DGS), et dont l’élaboration a été coordonnée par l’Institut National du Cancer (INCa) avec l’appui scientifique des membres du réseau National Alimentation Cancer Recherche (NACRe1), et en partenariat avec l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) et l’Institut de veille sanitaire (InVS).

Le cancer est une maladie chronique multifactorielle. De nombreux facteurs génétiques, hormonaux et environnementaux (tabac, rayonnement solaire, expositions professionnelles…) peuvent concourir au développement du cancer et agir à diffé rentes phases de la cancérogenèse. Parmi les facteurs environnementaux, l’alimentation joue un rôle essentiel et fait partie des facteurs sur lesquels il est possible d’agir pour accroître la prévention primaire.

Parmi les facteurs de risque de cancers figurent le tabagisme, l’exposition au rayonnement solaire et les expositions professionnelles.

L’alcool est cité parmi les facteurs augmentant le risque de cancers

En France, la consommation d’alcool diminue depuis les années 1960. En 2006, la consommation est estimée à 12,9 litres d’alcool pur par habitant de 15 ans et plus. La boisson alcoolisée la plus couramment consommée est le vin.

Cette consommation reste cependant encore l’une des plus élevées au monde (sixième rang mondial) et en Europe (quatrième rang européen) (WHO, 2004). D’après le Baromètre santé 2005 (Beck et al., 2007), il a été estimé qu’en France la consommation quotidienne de boissons alcoolisées concerne 13,7 % des individus âgés de 12 à 75 ans. Celle-ci s’avère presque trois fois plus fréquente chez les hommes que chez les femmes (20,3 % versus 7,3 %) et touche essentiellement les générations âgées (42 % des 65-75 ans). La quantité bue lors de la dernière occasion culmine à 3,1 verres en moyenne chez les jeunes adultes de 20-25 ans. Chez les jeunes de 17 ans (Legleye et al., 2007), les buveurs quotidiens sont rares (1 % en 2005). L’usage régulier d’alcool (au moins dix consommations déclarées au cours du dernier mois) concerne 18 % des garçons et 6 % des filles. Les ivresses alcooliques sont pour cet âge particulièrement préoccupantes du fait de la hausse observée ces dernières années : 26 % des adolescents de 17 ans déclarent avoir été ivres au moins trois fois au cours de l’année 2005 (contre 20 % en 2003) et 9,7 % au moins dix fois (contre 6,4 % en 2003). Le terme « binge drinking » (consommation excessive occasionnelle) résume bien ces comportements. Il est aujourd’hui reconnu que cette initiation précoce et cette consommation excessive dès l’adolescence sont des facteurs de risque d’usages problématiques ultérieurs. La consommation de boissons alcoolisées varie selon la situation socioprofessionnelle. Avant 25 ans, la population active a un usage régulier d’alcool plus fréquent que les étudiants et les chômeurs. Après 25 ans, l’alcoolisation régulière ou l’ivresse sont relativement plus fréquentes chez les chômeurs. Parmi les actifs, les agriculteurs ont un risque relatif de consommer régulièrement de l’alcool 1,7 fois supérieur à celui des ouvriers. Les employés s’avèrent au contraire relativement moins nombreux à consommer régulièrement que les ouvriers. Pour les femmes, la consommation régulière n’est pas spécifique aux agricultrices mais concerne aussi les artisanes, commerçantes, chefs d’entreprise ou cadres (Beck et al., 2008).

La consommation d’alcool est généralement estimée en nombre de verres par jour. Cette estimation est le reflet d’une consommation moyenne calculée par rapport aux déclarations des sujets inclus dans les études. Le verre standard est normalisé et correspond à environ 10 g d’éthanol pur quelle que soit la boisson alcoolisée consommée.

Boissons alcoolisées et risque de cancers Épidémiologie

La consommation de boissons alcoolisées est associée à une augmentation du risque de plusieurs cancers : bouche, pharynx, larynx, oesophage, côlon-rectum, sein et foie. Une relation dose-effet significative a été mise en évidence. Le pourcentage d’augmentation de risque a été estimé par verre d’alcool consommé par jour (tableau 1). Il varie entre 9 et 168 % selon les localisations. En particulier, l’augmentation de risque de cancers de la bouche, du pharynx et du larynx est estimée à 168 % par verre d’alcool consommé par jour.

L’augmentation de risque est significative dès une consommation moyenne d’un verre par jour. De plus, l’effet dépend de la quantité totale consommée et non du type de boisson alcoolisée.

Mécanismes

Plusieurs mécanismes peuvent expliquer l’augmentation de risque de cancers associée à la consommation de boissons alcoolisées. Certains mécanismes sont communs à plusieurs localisations de cancers. Le plus important d’entre eux est la production de métabolites mutagènes à partir de l’éthanol. En effet, l’éthanol est métabolisé en acétaldéhyde (molécule très réactive à l’égard de l’ADN, reconnue cancérogène pour l’homme), principalement par l’alcool déshydrogénase (ADH), exprimée dans le foie, mais aussi dans d’autres tissus, et par des bactéries présentes dans la bouche et le côlon. En cas de forte consommation d’alcool, il y a induction du cytochrome P450 2E1 hépatique qui va aussi transformer l’éthanol en acétaldéhyde avec, en plus, une production d’espèces réactives de l’oxygène (également capables d’altérer l’ADN). L’acétaldéhyde est progressivement éliminé par l’acétaldéhyde déshydrogénase (ALDH2) qui le transforme en acétate. Cependant, la concentration d’acétaldéhyde sanguine ou tissulaire peut rester élevée chez les personnes qui ont une consommation d’alcool importante et/ou des polymorphismes génétiques défavorables pour ces enzymes de transformation de l’éthanol.

D’autres mécanismes semblent plus spécifiques de certaines localisations, par exemple :

> l’éthanol contenu dans les boissons alcoolisées consommées entre directement en contact avec la muqueuse des voies aérodigestives supérieures (VADS : bouche, pharynx, larynx et oesophage) : il agirait localement comme un solvant et augmenterait la perméabilité de la muqueuse aux cancérogènes tels que le tabac ce qui expliquerait notamment la synergie observée entre ces deux facteurs de risque de cancers des VADS ;

> la consommation chronique d’alcool induit une déficience en folates, elle-même favorable au développement et à la progression du cancer colorectal ;

> la consommation d’alcool augmenterait les taux d’hormones stéroïdes circulantes et agirait sur les récepteurs hormonaux, mécanisme impliqué dans le cas du cancer du sein ;

> une consommation régulière et élevée de boissons alcoolisées favoriserait le développement de pathologies hépatiques telles que la stéatose, l’hépatite ou la cirrhose, qui sont elles-mêmes facteurs de risque de cancer du foie. Niveau de preuve.

La relation est jugée convaincante pour les cancers de la bouche, du pharynx, du larynx, de l’oesophage, du côlon-rectum (chez l’homme), et du sein (chez la femme). Elle est jugée probable pour le cancer du foie et pour celui du côlon-rectum (chez la femme).

Par rapport à l’état des connaissances des années 1990, le niveau de preuve concernant la relation entre la consommation de boissons alcoolisées et le risque de cancers est devenu convaincant pour la plupart des localisations de cancers.

Autres arguments

Interaction avec d’autres facteurs

La consommation de boissons alcoolisées interagit avec d’autres facteurs de risque tels que le tabac, ainsi qu’avec certains polymorphismes génétiques (INCa, 2007). Cancérogénicité chez l’homme

Les boissons alcoolisées ont récemment été classées par le Centre international de recherche sur le cancer dans le groupe des agents cancérogènes pour l’homme (Baan et al., 2007).

Fractions des cancers et des décès par cancers attribuables à la consommation d’alcool

En 2007, la fraction des cancers attribuables à la consommation d’alcool en France a été estimée à 10,8 % chez l’homme et à 4,5 % chez la femme pour l’année 2000 (IARC, 2007). Selon ce même rapport, la consommation de boissons alcoolisées est la deuxième cause évitable de mortalité par cancers, après le tabac.

Conclusions

La consommation de boissons alcoolisées augmente le risque de plusieurs cancers (de 9 à 168 % par verre consommé par jour, selon les localisations).

Le risque augmente avec la quantité totale d’alcool consommée.

L’augmentation est significative dès une consommation moyenne d’un verre par jour, qu’elle soit quotidienne ou concentrée sur certains jours de la semaine.

Quel que soit le type de boisson alcoolisée, il existe un risque.

Étant donné la consommation élevée de boissons alcoolisées en France, il est important d’inciter les consommateurs à réduire leur consommation et de prendre en charge les buveurs dépendants.

Recommandations

> En matière de prévention des cancers, la consommation d’alcool est déconseillée, quel que soit le type de boisson alcoolisée (vin, bière, spiritueux…).

> Il convient de ne pas inciter les personnes abstinentes à une consommation d’alcool régulière, même modérée, car toute consommation d’alcool régulière est à risque.

> En cas de consommation d’alcool, afin de réduire le risque de cancers, il est conseillé de limiter la consommation autant que possible, tant en termes de quantités consommées que de fréquence de consommation. En cas de difficulté, envisager un accompagnement et éventuellement une prise en charge.

> Les enfants et les femmes enceintes ne doivent pas consommer de boissons alcoolisées.

Source : la brochure Nutrition et prévention des cancers

Références:

Références principales : cf. Documents de référence p. 12.

Autres références:

Baan R., Straif K., Grosse Y, et al. Carcinogenicity of Alcoholic Beverages. Lancet Oncol, 2007 ; 8 : 292-3. Beck F., Legleye S., Maillochon F., et al. Le rôle du milieu social dans les usages de substances psychoactives des hommes et des femmes, in Hommes et femmes, Regards sur la parité, Paris, Insee, 2008, p. 65-82. Institut National du Cancer/Réseau NACRe. Alcool et risque de cancers. État des lieux des données scientifiques et recommandations de santé publique. Collection Rapports & synthèses. INCa, Boulogne-Billancourt, 2007, 58 p. Legleye S., Beck F., Spilka S., et al. Drogues à l’adolescence en 2005 – Niveaux, contextes d’usage et évolutions à 17 ans en France – Résultats de la cinquième enquête nationale ESCAPAD. OFDT, Paris, 2007, 77 p. World Health Organization. Global Status Report on Alcohol 2004. WHO, Geneva, 2004, 88 p.

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