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DESCe 24 septembre, la Cour de cassation rendra un verdict très attendu par les victimes du Distilbène. Il convient de rappeler que le lien entre l’exposition in utero au diéthylstilboestrol (DES) et la survenue d’un cancer ACC a été reconnu par la communauté scientifique en 1971 et par la Cour de cassation en 2006. Ainsi, nous osons espérer que la survenue d’un cancer ACC sera reconnue comme preuve suffisante ce jeudi, pour ces jeunes femmes, de leur exposition in utero au DES.

Les années 30 :

1938 : Un médicament séduisant à prescrire aux femmes enceintes
Le diéthylstilboestrol (DES) est la dénomination commune internationale d’un œstrogène de synthèse découvert en 1938 par le médecin et chimiste anglais Charles Dodds. Le procédé de fabrication imaginé par Charles Dodds a le mérite d’être très peu couteux à mettre en œuvre.

A cette époque, les biologistes montrent qu’en cas de menace de fausse couche, le taux des œstrogènes dans les urines diminue. Les médecins en déduisent que la fausse couche résulte d’un manque d’œstrogènes. Ils supposent alors qu’en donnant un supplément d’œstrogènes aux femmes enceintes, elles feront moins de fausses couches.
Il faut se souvenir qu’avant la seconde guerre mondiale, les médecins se contentaient d’arguments de ce type pour recommander la prescription d’un médicament. Les « essais cliniques » étaient rares et très «rustiques». Ainsi, par exemple, la streptomycine (antibiotique) a été prescrite chez les malades atteints de méningite tuberculeuse après un essai clinique ne portant que sur quelques dizaines de cas, ce qui ne l’a pas empêchée de guérir cette forme de tuberculose toujours mortelle auparavant.
Le DES est alors considéré comme une « pilule miracle » permettant d’éviter les fausses couches grâce à un apport d’œstrogènes. Par extension, sa prescription est envisagée, sans preuve particulière, pour toutes sortes d’autres usages. Dans un souci philanthropique, Charles Dodds ne dépose pas de brevet et laisse ce médicament dans le domaine public (le découvreur du DES sera d’ailleurs fait Lord par la Reine Elisabeth II en 1964, en reconnaissance de son apport important à la recherche médicale.

Les années 40 : Commercialisation du Distilbène

A partir de 1947, des centaines de firmes pharmaceutiques se mettent à commercialiser le DES, permettant la prescription du médicament à des millions de femmes enceintes dans la plupart des pays développés. En France, il a été prescrit essentiellement sous les marques suivantes :
• Distilbène® produit par le laboratoire UCEPHA racheté par UCB Pharma,
• Stilboestrol-Borne® produit par le laboratoire Borne, (aujourd’hui Novartis) jusqu’en 1974.
Les prescriptions de DES chez des femmes enceintes sont devenues très rares en France après 1978 mais quelques prescriptions ont encore été signalées jusqu’en 1980.

Les années 50

1953 : Aux Etats-Unis, les prescriptions commencent à chuter
Le pic de prescription du DES, produit considéré jusque-là comme la prescription de référence chez les femmes enceintes, est atteint en 1952. Ensuite, le nombre des prescriptions diminue. En 1953, le Dr W. Dieckmann publie les résultats d’une étude clinique évaluant l’efficacité du DES selon un protocole d’étude particulièrement bien conçu. Il constate que le DES ne diminue pas l’incidence des accidents de grossesse et même que « les résultats semblent indiquer que le stilboestrol favorise les accouchements prématurés. Ce peut être dû à un taux hormonal excessif. ». Il constate aussi que « bien que le taux de fausses couches soit plus élevé dans le groupe traité par stilboestrol que dans le groupe témoin, le nombre total de patientes était trop faible pour obtenir un résultat significatif». Il conclut que « le stilboestrol ne réduit pas l’incidence des fausses couches, de la prématurité ou de la postmaturité. Les bébés prématurés nés d’une mère traitée par stilboestrol ne sont ni plus ni moins matures que les bébés prématurés nés d’une mère appartenant au groupe témoin. Il ne diminue pas l’incidence de la mortalité périnatale. Il ne diminue pas la fréquence de la toxémie gravidique ». Au cours des années suivantes, d’autres œstrogènes commencent à apparaitre sur le marché américain. Peu à peu, ils supplantent le DES.

Les années 60

DES21964 – 1971 : En France, les prescriptions continuent de progresser
En France, le nombre des prescriptions de DES continue d’augmenter. Une enquête rétrospective de l’INSERM, publiée en 1983 par le Pr Spira, sur les prescriptions médicamenteuses pendant la grossesse, estimera qu’en 1964, le DES était utilisé dans 1,2% des naissances (statistiques ne tenant pas compte des prescriptions en piqures et en suppositoires).
En 1967, la notice du Distilbène® dans le dictionnaire Vidal ne comporte pas moins de cinq indications pour la femme enceinte. La même année, un embryologiste, le Pr Gabriel-Robez, signale une “action tératogène du dipropionate de diéthylstilboestrol injecté à la souris à des doses variables, du 9e au 11e jour de la gestation”. L’importance des anomalies et leur nombre sont en rapport direct avec les doses utilisées.
Au même moment, aux Etats-Unis, un médecin canadien, le Pr D.H. Carr, publie un article démontrant que les fausses couches sont liées à des problèmes génétiques. Ainsi, les chutes de taux hormonaux précédant les fausses couches spontanées ne sont pas la cause mais la conséquences de l’arrêt de ces grossesses, invalidant du même coup les hypothèses qui, vingt ans plus tôt, avaient servi d’argument pour la prescription du DES chez les femmes enceintes.

Les années 70

1971 : Un médicament interdit aux Etats-Unis
En 1971, l’apparition alarmante de cas de cancers (Adeno-Carcinome à Cellules Claires ou ACC) du vagin ou du col utérin chez de jeunes femmes âgées de 14 à 22 ans, mettent la communauté médicale en alerte. Ce cancer très rare n’a jamais été observé chez des femmes aussi jeunes. Le journal médical américain New England Journal of Medecine fait mention d’un lien possible entre le DES et le cancer à cellules claires chez des jeunes femmes exposées in utero au DES prescrit à leur mère (Herbst A et col.).
Le Ministre de la santé des Etats-Unis met en garde contre l’utilisation du DES pendant la grossesse. Le Dr Arthur Herbst établit un registre international des cas de cancers à cellules claires. Sept mois plus tard, la FDA recommande aux médecins de cesser de prescrire du DES aux femmes enceintes. Le Canada fait de même peu après.

1977 – Un médicament contre-indiqué en France chez les femmes enceintes
En Europe, l’Angleterre interdit le DES en 1973, la Belgique et les Pays-Bas en 1975, l’Irlande en 1976. Les informations alarmantes se multiplient.
En 1974, J. Henry-Suchet fait la première communication sur des cas d’adénose vaginale.
En 1975, l’équipe du Pr J. Barrat publie un des premiers cas français d’adéno-carcinome du vagin. La publication est accompagnée d’une mise en garde préventive. En France, l’indication du Distilbène® dans les avortements spontanés et à répétition est supprimée en 1976.
En 1977, le dictionnaire Vidal, révisé par la « Commission Alexandre » est devenu la référence française officielle en matière d’information sur les médicaments. Il mentionne que le DES est contre-indiqué chez la femme enceinte. Malgré ces interdictions, le DES continue à être prescrit dans certains pays jusqu’au milieu des années 80. En France, le Distilbène® a été prescrit sporadiquement au-delà de 1977.

Les années 80

1980 - Le DES n’est plus prescrit chez les femmes enceintes
A partir de 1980, le DES restera utilisé dans le monde dans certaines indications : traitement substitutif de la ménopause, blocage de la lactation, cancer de la prostate, pilule du lendemain, traitements de l’acné et des problèmes gynécologiques, préparation des transsexuels au changement de sexe, ralentissement ou accélération de la croissance des jeunes filles et garçons, et comme stimulateur de croissance du bétail.
En France, aujourd’hui, le diéthylstilboestrol reste commercialisé sous le nom de Distilbène®, uniquement dans l’indication de certaines pathologies prostatiques.

Depuis 1980 – Information et prise en charge des patientes exposées
L’administration à grande échelle de DES aux femmes enceintes jusqu’en 1980 a, maintenant encore, des conséquences sur les générations suivantes, notamment sur les « filles DES » qui veulent avoir des enfants, de nombreuses années après leur exposition au DES pendant la grossesse… de leur maman.
Il faut prendre en charge ces femmes et être à l’affût de conséquences médicales ignorées.
Peu à peu, partout dans le monde, des groupes de patients sont créés par des personnes directement concernées estimant que l’information sur les conséquences du DES est insuffisante, réductrice et souvent erronée, voire même inexistante. Parfois,il faut lutter contre le déni. Ainsi, en Australie, où l’usage du DES a été très largement répandu, lorsqu’à la demande du « groupe DES Action » le Ministère de la Santé a ouvert une « clinique DES » à Victoria, beaucoup de gynécologues australiens ont prétendu que la prescription du DES ne concernait que la ville de Victoria. On pourrait très facilement décrire les mêmes sortes de dénégations dans tous les pays développés, notamment en France. Visitez le site du Réseau D.E.S. France

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