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pauvreteLa conférence internationale de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a qui s’est tenu à Rome a tenté de trouver des solutions au spectre de la faim qui guette la planète, notamment les pays du tiers-monde.

En effet, face aux émeutes contre la cherté de la vie, singulièrement la cherté des produits agricoles dont les prix, au niveau des marchés mondiaux, ont augmenté de 20 à 80% pour le blé, l’huile, le beurre…, la nécessité de produire plus et plus vite ces produits vitaux devient l’urgence du moment, la priorité des priorités pour assurer la sécurité alimentaire de la planète et particulièrement des populations du Sud dont l’Afrique figure au premier rang. De fait, par sa logique de rentabilité financière, l’Occident rassasié à souhait assassine littéralement le reste du monde, alimentairement parlant : 800 millions de personnes ne mangent pas à leur faim ; ce, alors qu’on apprend que l’économie mondiale a de quoi nourrir 12 milliards d’individus (nous sommes 6,3 milliards à ce jour). Et probablement 2 milliards ont à peine 2 euros par jour pour espérer manger. D’où l’urgence d’un plan mondial de développement de l’agriculture dans les pays du Sud (de 800 millions d’habitants en Afrique, ce chiffre passera au moins au double en 2050). Cette explosion démographique prévue à cette date est un facteur qui doit inciter à une politique agricole qui doit pouvoir nous sortir du spectre de la famine annoncée, de façon insistante, ces derniers jours par moult experts et autres spécialistes ; ainsi, sur les 9 millions de gens qui meurent de faim chaque jour, la plupart sont des Africains. On ne le répétera jamais assez, la faim est un scandale du monde contemporain. En effet, ce fléau persiste alors qu’on est en possession des potentialités économiques, des techniques et des capitaux capables de permettre de bien nourrir une population cinq à dix fois supérieure à la population mondiale actuelle. Le problème de la faim existe partout dans le monde. Mais il touche surtout ceux qu’on appelle les pays sous-développés, c’est-à-dire les pays qui ont été soumis à colonisation et qui ont été pillés de leurs richesses nationales (exploitation des sols, des hommes et des matières premières). Ainsi, dans un monde où il existe des excédents agricoles énormes, deux hommes sur trois sont sous-alimentés (on a pu dire qu’un citoyen américain consomme dix fois plus qu’un habitant du Sud). On estime que plus de 30 à 40 millions de personnes meurent chaque année de faim, c’est-à-dire que la faim fait plus de victimes en une seule année que la Seconde Guerre mondiale n’en a fait en 5 ans ! Cependant, il faut dire que la faim touche également les pays les plus industrialisés. A titre d’exemple, aux Etats-Unis -qui sont considérés comme le pays le plus développé et qui se veulent les champions de la démocratie et des droits fondamentaux de l’homme- environ 20 millions d’habitants souffrent du problème de la faim, alors que d’énormes excédents alimentaires sont en leur possession. C’est ainsi que lors d’une enquête établie, dès 1975, dans six villes du Mississipi, des médecins ont découvert des enfants qui mouraient de faim. Mais, il ne faut pas se leurrer, ceux qui souffrent de la faim aux Etats-Unis d’Amérique, ce sont surtout des ouvriers agricoles d’origine mexicaine, des Indiens du Nouveau Mexique et des paysans pauvres, noirs ou blancs, des Etats du Sud. En Europe occidentale, on peut citer les cas de la Bretagne et de la région du Massif Central en France, et du « Mezzogiorno » (l’Italie du sud). Dans ces pays, il existe une inégalité de développement. II en résulte des déséquilibres régionaux et donc de la pauvreté, voire de la faim. Ce que l’on appelle aujourd’hui les « nouveaux pauvres ».

Des thèses explicatives de la faim ?

II existe certaines thèses explicatives au problème de la faim. Parmi celles-ci, on peut citer les explications « naturelles » et « biologiques », d’une part, et les explications « historiques et démographiques », d’autre part. Ces explications sont loin de refléter la réalité. En premier lieu, cet arsenal de théories, qui tendent à expliquer la faim et le sous-développement, invoquent exclusivement des causes naturelles et biologiques.

Elles passent sous silence les causes sociales et, tout particulièrement, celles qui tiennent à la stratification de la société en couches exploiteuse et non exploiteuses et à la structure de la propriété qui reflète cette division.

Si on en croit cette explication, la pauvreté des pays tropicaux, par exemple, est due au jeu des facteurs naturels : insalubrité du climat peu propice à l’effort, absence de ressources favorables au développement de l’industrie, misère des sols inaptes aux rendements élevés et menacés de ruine par l’emploi de méthodes modernes (notamment la mécanisation). Cette analyse ne résiste pas à l’examen pour au moins deux raisons. Premièrement, il faut remarquer que, dans certaines régions des Etats-Unis d’Amérique (notamment en Californie et dans les Etats du Sud), on a obtenu des rendements très satisfaisants, alors que ces régions ont un climat et des sols comparables à ceux des pays tropicaux. Deuxièmement, il faut établir un lien entre l’état de dépendance coloniale de l’ensemble des pays tropicaux et leur pauvreté avec les dommages causés à la nature de ces pays, à la dégradation du tapis végétal. En second lieu, c’est l’infériorité biologique des races qui expliquerait que ces dernières soient vouées à la misère et à la faim. Les « races inférieures » (lire les « races de couleur ») seraient frappées d’une incapacité intellectuelle et physique qui les mettrait hors d’état de tirer leur subsistance de la nature.

Cette « explication biologique » de la pauvreté et de la faim dans le monde est, on ne peut plus, raciste. Or, le racisme ne repose sur aucun fondement scientifique. En effet, jamais aucune expérience n’a pu déceler la moindre « infériorité » imputable à la race.

Noirs, Blancs, Jaunes, Rouges placés dès le départ dans les mêmes conditions matérielles et sociales, donnent sur les plans intellectuel, physique et nerveux les mêmes résultats. Les explications « historique et démographique », quant à elles, au même titre que celles évoquées ci-dessus, n’échappent pas à la critique. Prenons le cas du Brésil pour exposer ces « théories ». Dans ce pays, il existe un régime foncier qui ne peut déboucher sur le relèvement du niveau de vie des masses paysannes -et encore moins sur des progrès agricoles- car dans ce régime, il existe une grande propriété foncière permettant l’exploitation des paysans soit comme salariés, soit comme métayers.

Ce type de régime est, dans beaucoup de pays dits du tiers-monde, responsable de la faim. Aussi, celui-ci doit être liquidé ; ce qui se fait, d’évidence, avec difficulté. Dans le cas du Brésil, lorsque dès avril l964, les dirigeants de l’époque eurent l’idée de faire aboutir une réforme agraire, fort modeste au demeurant, un coup d’Etat militaire les chassa du pouvoir.

En outre, l’explication démographique est due à un fils de la bourgeoisie britannique, au début de la révolution industrielle dans ce pays. Au lieu d’incriminer les bas salaires et l’exploitation capitaliste des ouvriers de son temps, Malthus prétendit que ces derniers sont, eux-mêmes, responsables de leur sort, en raison de leur fécondité excessive ; en conséquence, il préconisa aux ouvriers de rester célibataires, ni plus, ni moins ! Quand on connaît le poids démographique actuel des pays émergents comme la Chine et l’Inde, on ne peut que récuser cette explication.

La faim, un « mal incurable » ?

D’emblée, il faut remarquer que les « remèdes » proposés par les pays sur lesquels repose la responsabilité historique de la situation qui prévaut actuellement dans le Monde, ne peuvent qu’être sévèrement critiqués et condamnés. Ainsi pour l’économiste américain Rostow, par exemple, le problème de la faim n’est pas la conséquence du développement capitaliste. Il pense que l’opposition principale du monde contemporain ne réside pas dans l’antagonisme du capital et du travail. Pour lui, le monde est divisé entre « sociétés traditionnelles », pauvres et marquées par le sous-développement » -donc par la faim- et « sociétés de consommation, riches et marquées par l’abondance ». Devant cette constatation, il préconise aux pays dominés de suivre le même processus que les sociétés dites développées. Alors, aux pays du Sud de partir à la conquête des pays du Nord pour les soumettre à colonisation et à pillage… La critique fondamentale que l’on peut opposer à cette analyse est qu’elle évacue toute approche de stratification sociale.

Elle feint d’ignorer l’existence de monopoles capitalistes (particulièrement le capitalisme financier où les banques occidentales occupent une place centrale) et l’état de dépendance et de pillage dans lequel ces mêmes monopoles ont placé le tiers-monde. Que font les « pays avancés » devant la situation de la faim, situation à laquelle ils ont largement contribué ? Ils procèdent à ce qu’on a appelé pompeusement « l’aide aux pays en voie de développement ». Cette aide est constituée par des secours d’urgence, fournitures et distributions fragmentaires qui laissent le problème tel quel. Cette « aide » est donc un faux remède. De plus, les organismes qui dispensent cette aide ne font que rentabiliser les bénéfices des pays prêteurs ou donateurs, d’où la dette excessive des pays du tiers-monde constituant un véritable goulot d’étranglement.

Que faut-il faire alors ?

Sans doute qu’il est nécessaire d’aboutir à un changement radical en ce qui concerne les objectifs politiques et économiques à atteindre dans les pays du tiers-monde. Tant que l’indépendance politique demeure formelle, tant qu’elle n’est pas accompagnée de mesures réellement progressistes en faveur des paysans -en plus des réformes agraires entamées dans certains pays et demeurant souvent inachevées- et au profit des travailleurs et des employés (ainsi que de la classe moyenne lorsqu’elle existe), l’illusion de modifier le cours de l’histoire, donc de vaincre la faim et la pauvreté, demeure grande.

La faim ne constitue, en aucune manière, une « maladie incurable ». En effet, il est devenu notoire de savoir que l’on peut couvrir tous les besoins alimentaires de la terre si on applique rationnellement toutes les connaissances en possession de l’homme « en matière de science des sols, d’exploitation d’agriculture des mers et océans, de génétique, de fertilisation, de conservation des aliments, de production de produits synthétiques, de multiplication de la productivité des usines de photosynthèse que sont les plantes » (Josué de Castro). En outre, le problème de la faim est éminemment politique. Pour arriver à bout de cette question, il faudrait transformer l’économie mondiale qui demeure centrée sous la forme d’une économie de guerre. Les sommes dépensées par l’ensemble des pays composant la planète, abstraction faite du système dont ils se réclament, capitalisme ou socialisme, sont faramineuses ; d’où la nécessité d’un processus général et progressif pour le désarmement (l’agression de l’Irak coûte à ce jour 3.000 milliards de dollars aux USA, outre les pertes humaines irakiennes et américaines). Par ailleurs, pour lutter contre la faim, il faut changer les structures, et parmi celles-ci, il faut d’abord changer les structures mentales (c’est-à-dire la pensée des hommes, leur comportement alimentaire et leur mode de vie), surtout dans les pays européens dépensées pour nourrir les animaux -chiens, chats et poissons- pourraient couvrir les besoins alimentaires de la Chine et l’Inde réunies ! A cet égard, il faut relever qu’Einstein disait, devant les problèmes de la faim et de la pauvreté, qu’il faut modifier radicalement sa manière de penser, pour créer une pensée nouvelle, « une nouvelle conscience politique fondée sur une nouvelle échelle de valeurs… ».

Enfin, l’autre point cardinal de la question de la faim réside dans le changement des régimes politiques en place car anti-démocratiques et anti-populaires, dans la quasi-totalité des pays du tiers-monde qui sont gouvernés par des juntes militaires, véritables courroies de transmission des pays nantis.

De ce fait, les classes dirigeantes dans leurs pays respectifs, perpétuent la faim et la pauvreté. En dernier lieu, il faut relever qu’il existe des minorités dans les pays du tiers-monde qui surconsomment et gaspillent autant sinon plus que celles des capitales des pays industrialisés. A quand l’Union africaine pour le développement économique en lieu et place de la « Françafrique » ? « Bougeons » nos gouvernements. Il y va de notre survie… L’Algérie peine à couvrir 50% de ses besoins alimentaires. A quoi sert l’« embellie financière » tant vantée et promise à un programme économique qui tarde à venir ? A quoi servirait l’autoroute si l’on continue à souffrir de faim et que nos jeunes risquent leur vie pour la « harga » ? Dommage que le pétrole ne puisse produire des OGM !

Ammar Koroghli – Avocat et Ecrivain

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